BOUCLES DE LA SEINE 1947

Nous sommes en mai 1947. Louison Bobet a signé sa licence de professionnel au début de la saison. Il a connu une noire malchance dans les Classiques, notamment. Il ne cède pas au découragement et sa classe éclate au circuit des Six Provinces, disputé dans l’Est de la France. On découvre ses qualités de rouleur et également de grimpeur. L’espoir est en marche. Un nouveau déclic se produit alors dans le circuit des Boucles de la Seine. Bobet répond à une attaque d’Edouard Muller et, bientôt, une vingtaine d’hommes se retrouvent en tête de la course. Peu à peu le groupe va s’effilocher et il ne restera plus à l’avant que deux hommes Thiétard et Bobet. À une cinquantaine de kilomètres de l’arrivée, le Breton attaque et se débarrasse de son chevronné compagnon. Il vole vers la victoire qui lui vaut, parallèlement, la sélection au Tour de France, dans l’équipe de France.

TOUR DE LOMBARDIE 1951

Louison Bobet veut redevenir l’homme des triomphes du printemps qui l’ont vu aux premières loges, notamment dans Milan-San Remo. Au Tour de Lombardie, il faut vaincre une puissante armada italienne. Bobet se retrouve en tête dans un groupe composé de sept hommes dont Fausto Coppi. Entouré de tous ces Transalpins, le doute s’empare de lui. Il surprend alors une conversation entre Soldani et Minardi. Le premier demande au second de lui emmener le sprint. Bobet a compris. Il surveillera Soldani. Troisième en pénétrant sur la piste du Vigorelli, il a juste le temps d’apercevoir Coppi dans sa roue et ce dernier est plus prompt que le Tricolore à «accrocher» la roue de Soldani. À vingt mètres de la ligne, Louison semble battu mais dans un rush irrésistible, il prend un petit quart de roue à Minardi et l’emporte. Louison franchit un nouvel échelon dans sa carrière de champion.

COL DE L’IZOARD 1953

Le Tour de France se refuse à Louison Bobet. En 1953, il a 28 ans et commence à désespérer. Mais cette année est la bonne. Bien préparé, il porte l’estocade à son compatriote breton Jean Malléjac. Il s’élève, majestueux et invincible dans la lumière d’été. Du sommet qu’il franchit seul en tête, il file vers Briançon, conquiert le Maillot jaune. La victoire finale dans le Tour est au bout de la route. Ce col de l’Izoard sera sa montagne préférée…

CHAMPIONNAT DU MONDE 1954

Louison Bobet est au sommet de sa gloire et de sa popularité lorsque se présente, vingt-deux jours après son triomphe dans le Tour de France, le championnat du monde, dans la ville allemande de Solingen où il pleut depuis deux jours. Bobet est le super-favori de l’épreuve. À la fin de l’avant-dernier tour, il est au commandement, comme prévu, accompagné d’un «bouledogue» zurichois du nom de Fritz Schaër. Soudain, dans la tribune, c’est la consternation. Le haut-parleur annonce : «Louison Bobet a crevé et doit changer de vélo au poste de ravitaillement !». Un drame, pour le Français qui vient de dépasser son stand d’une centaine de mètres où on l’a suivi des yeux. L’assistant du mécanicien saute alors sur un vélo et le lui apporte. Schaër ne l’a pas attendu, mais Bobet, surpuissant, le rejoint rapidement et le lâche irrémédiablement. La brume a envahi l’arrivée et bientôt le Français perce le rideau opaque. Il est champion du monde.

MONT VENTOUX 1955

Louison Bobet file vers un nouveau sacre au Tour de France. Il souffre car sa blessure à la selle s’est rouverte. Il a peur que ses adversaires s’en aperçoivent et l’attaquent. Il a donc décidé de faire taire les rumeurs en attaquant dans le mont Ventoux, lors de la 11ème étape Marseille-Avignon. À une dizaine de kilomètres du sommet. Bobet démarre et entame un long martyrologue. Il lâche son principal adversaire, le Belge Jean Brankart, et passe seul au sommet. Ses yeux se brouillent, il n’en peut plus, mais négocie prudemment sa descente, essayant de conserver intacts ses réflexes. Il parvient à Avignon avec moins d’une minute d’avance sur le Belge. Il a ainsi répondu par un coup d’éclat qui fait taire les sceptiques tant la réplique est éclatante. Louison Bobet est allé au-delà de ses forces. Il a vaincu.

RECONVERSION

Au mois de décembre 1961, Louison Bobet et son frère Jean, au retour d’une soirée de bienfaisance à Bruxelles, sont victimes d’un accident de la route. Louison apparaît le plus touché, la jambe littéralement lacérée. Il ne reverra plus les pelotons. Sa guérison sera longue. Sa convalescence se poursuit au centre héliomarin de Roscoff, dans le nord-Finistère. Les vertus curatives de l’eau de mer commencent à l’intéresser. Germe alors dans son esprit l’idée de l’édification d’un établissement qui porterait le nom - nouveau - de centre de «thalassothérapie». Il échafaude des plans, porte son dévolu sur la cité de Quiberon qui bénéficie d’une avancée de 14 km en mer, investit les capitaux dont il dispose, étudie la comptabilité, rend visite à des médecins, frappe aux portes des financiers qui le reçoivent avec une surprise amusée. Il effectue un tour de France pour expliquer et convaincre. Le centre de thalassothérapie «Louison Bobet» est inauguré le 11 mai 1964 en présence de M. Raymond Marcellin, ministre de la Santé. Les cures de remise en forme font merveille et les personnalités et stars les plus diverses se pressent sur les bords de la côte sauvage. Louison Bobet a réussi un pari insensé qui devient une éclatante et prodigieuse réalité.

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