3 septembre 2015

AVEC VUE SUR LA MER 2/2

SOUS LE SOLEIL EXACTEMENT

Voici l’instant douloureux. Le moment de repartir. Le soleil est au zénith mais je n’ai guère le choix. La voie du retour m’attend et elle n’a pas à m’offrir toutes les beautés sauvages de l’aller.

Ma boucle traverse Calvi, puis quitte le bord de mer, dans une longue ligne droite, empruntée par des véhicules lancés à pleine vitesse, pour longer l’aéroport de Calvi. Des canadairs me survolent. Ils effectuent des rotations pour venir à bout d’un incendie dont les fumées s’élèvent à l’est de Lumio. Je me concentre sur le ruban d’asphalte qui file sous moi. Ma mission est simple : pédaler. La sueur qui ruisselle de mes bras vient inonder le cintre. Je suis en train de me liquéfier mais je bois en conséquence et constate que mon maillot évacue bien la transpiration. 

Enfin, je peux quitter cette route qui est la seule portion de mon épopée à ne pas être «rider friendly». Il fait 34°C et un panneau m’indique que j’en ai encore pour 70 km. Mes bidons vont être mon bien le plus précieux, même si je me doute qu’ils m’offriront plus la saveur d’un thé léger que le bonheur d’une source rafraîchissante.

L’ascension du col de Marsolinu est un chemin de croix. Elle est courte mais la route s’y redresse avec traîtrise. Pas un coin d’ombre. La route n’est qu’un tracé blanc grillé par la lumière. Jamais le maquis environnant ne m’a semblé aussi inhospitalier. Même pas un arbre en vue pour essayer d’y trouver un refuge éphémère. Je pédale, je penche la tête, tire sur le guidon et compte les mètres. L’arrivée au col est une délivrance. Je jette un œil à la descente qui suit mais préfère ne pas trop anticiper. 

Retour à l’embranchement avec Galeria. Me voici à pied d’œuvre pour escalader le col de Palmarella par sa face nord. Le pourcentage est modéré et, surprise, le ciel se couvre apportant une tempérance inespérée. Comme quoi, l’effort à vélo peut tenir à quelques petites variations chiffrées : quelques pour-cent en moins, quelques degrés en moins et la vie est plus facile.

Au passage du col, je sais ce qui m’attend et cette assurance relance mon enthousiasme. Je me laisse glisser sur une pente douce, relance parfois les mains bien calées en bas du guidon. Je file à belle allure, négocie les courbes avec le souci de la trajectoire. Je me sens bien, élégant et fluide sur ma machine. L’air est chaud même s’il est moins étouffant. Mon cintre ne glisse plus, mon maillot sèche rapidement.

Guy, qui tient la buvette au col de la Croix, est surpris de me voir de retour. Nous sommes en début d’après-midi et ce matin, après l’évocation de mon programme, au moment où je le quittais, il m’avait salué par un rigolard «À ce soir !». 

À l’ombre bienfaitrice de la treille, rarement une terrasse ne m’a semblé si accueillante et l’Icetea aussi frais et réparateur. Quelques randonneurs improvisés veulent prendre le «chemin du facteur» pour rejoindre Girolata. Fort de ce que je viens d’endurer et alors que pour moi l’arrivée est maintenant proche, je m’interroge intérieurement sur le bien-fondé de s’élancer à pareille heure. Mais nos récompenses ne sont-elles pas aussi à la mesure de nos insouciances choisies ?

Le chemin du retour est connu. Les trois villages, le passage par Porto et l’ascension finale vers Piana. La quiétude matinale n’est plus de mise. En ce cœur d’après-midi, les touristes se dirigent en nombre vers les Calanche. Vélo isolé dans une succession de voitures, je sais qu’il me faut composer. Un car s’annonce à coups d’avertisseur. Il lui faut jongler avec la roche, l’étroitesse de la chaussée et les voitures en face. Je me range pour le laisser passer, lui et la longue caravane de véhicules plus légers qui le suivent. Je préfère reprendre mon cheminement avec la sagesse de ma modeste vitesse.

La forêt s’annonce, je reconnais chaque virage et salue la vision retrouvée des Calanche avec le sentiment plein de l’accomplissement. J’avance à petite vitesse, croise de nombreux touristes : ils ont quitté momentanément leurs voitures pour profiter pleinement de cette vue unique. Ils n’ont d’autres choix que d’être sur la route. Ici, pas de trottoir, juste la roche et de l’autre côté, le vide. Ici, dans ce lieu inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, la chaussée, comme la beauté, se partagent. 

Je suis de retour à Piana. C’est le milieu de l’après-midi. Je savoure par avance l’idée d’une Orezza servie avec des glaçons, puis celle d’enfiler mon short de bain. Piana-Calvi-Piana est le bonheur de ma première partie de journée. Je suis heureux alors d’aborder la seconde.

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