3 octobre 2016

Il s’agit bien de panache

UN DIMANCHE. UN PELOTON. UN FONDO

Parce que l’hiver allait bientôt nous obliger à raccrocher. À espacer les moments partagés sur la route, à rouler et à discuter. Parce qu’il fallait frapper un «grand coup», nous nous sommes lancés à l’assaut de quelques 170 kilomètres en ce dimanche ensoleillé de fin septembre. Un objectif à la mesure de la plupart. Une distance Gran Fondo appréhendée par certains, dont le compteur avait rarement dépassé les 100 bornes.

Le projet était né, comme souvent, au détour d’une conversation et d’un verre. Notre groupe est une assemblée de cyclistes post-novices, des copains qui défient l’avancée de l’âge et les effets des soirées apéritives en pédalant. Mais le temps manque souvent, et les sorties rechignent à s’enchaîner. Il avait fallu cette fois booker les troupes plusieurs semaines à l’avance pour espérer prendre ce départ tant matinal que dominical. L’objectif affiché de ce périple était de prolonger l’été en longeant la côte atlantique par une journée espérée ensoleillée. De voir l’océan et d’humer l’odeur des pins une dernière fois.

Notre port d’attache est La Rochelle. C’est donc de ses quais que nous nous sommes élancés aux premières heures du jour. Direction le sud et les alentours de La Palmyre, station balnéaire libérée des milliers d’estivants qui déferlent chaque année sur cette côte sauvage atlantique. Pour se régaler du spectacle des vagues, il faut d’abord s’acquitter de la traversée de la Charente sur des passeurs qui se jouent des courants et serpenter dans des marais d’où émerge parfois un ragondin, surpris par l’arrivée soudaine de cyclistes.

Brouage, cité fortifiée, est le seul relief remarquable de ce tronçon. Il faut franchir le pont de la Seudre et enfin arriver à Ronce-les-Bains pour goûter aux saveurs océanes. L’humeur cycliste s’en ressent et l’apparition des dunes de sable, promontoires majestueux de ce parcours, invite à accélérer la cadence. Il existe quelque chose de paradoxal dans le fait que notre peloton, face aux plus beaux panoramas, tende à s’agiter et se déliter, plutôt que de profiter uni de ce paysage tant attendu. 

L’exaltation qui prévalait au départ s’amenuise à mesure que les heures avancent. L’humeur de la colonne se fait moins joyeuse. Les mollets commencent à durcir et les visages des moins endurants se creusent déjà. Les mains se portent plus régulièrement vers les poches arrière, en quête d’une quelconque barre de céréales, et les bidons se vident à gorge déployée. Il reste pourtant un bout de chemin à faire. C’est à cet instant qu’apparaît cette sensation, cette beauté dans l’effort : le panache ! Il sera le seul recours, le phare dans le lointain, au cours de ces derniers kilomètres parcourus à une moyenne qui nous invite à détourner le regard du compteur. C’est l’instant que choisit la solidarité cycliste pour ressurgir. Les plus vaillants, placés aux avant-postes, écartent le vent du torse des plus accablés. Le courage est là. Frappant au cœur et accompagnant les derniers tours de manivelle.

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Récit et images : Pierre Labardant

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