27 octobre 2017

La délicatesse cycliste

Par Olivier Haralambon

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Le parcours d’Olivier Haralambon est singulier. Cycliste professionnel pendant dix ans, il va préférer, à l’heure de la reconversion, s’adonner à la philosophie plutôt que de devenir entraîneur ou technicien du cycle. Il cultive un goût certain pour l’écriture et embrasse la carrière de journaliste sportif, avant de publier un premier ouvrage —«Le versant féroce de la joie» — consacré au turbulent coureur belge Frank Vandenbroucke en 2014 et «Le coureur et son ombre» en 2017.

Le deuxième essai d’Olivier Haralambon livre un récit introspectif, dans la veine des œuvres de Bernard Chambaz («Petite philosophie du vélo») et de Philippe Bordas («Forcenés») auxquelles il rend un hommage appuyé. L’auteur dresse au fil de ces 150 pages un portrait de l’homme pédalant, décrit son rapport aux autres et aux éléments. Il compare le vélo, formidable machine, à un animal qui semble vouloir sans cesse s’émanciper de son maître. Une bête nerveuse qu’il convient d’amadouer, de maîtriser, lorsqu’on souhaite en tirer le meilleur, se hisser au sommet d’un col ou s’illustrer dans un peloton.

«Le vélo n’est pas dépourvu d’animalité, lui dont on a détourné si aisément le cintre en cornes, et la selle en crâne ou en trophée pour l’accrocher au mur. Et d’ailleurs, comme celui de l’oiseau, son squelette est pneumatique. Il a le plein en horreur et le creux pour raison d’être. Il se soutient à la fois de tubes rigides et de tubes souples enroulés autour de roues, garantie d’onctuosité et de silence. L’air meuble resserré dans les chambres assure un contact à la fois ferme avec le sol et doux avec le monde. Œuvre de l’esprit, le vélo est aussi un animal maigre. Sa pauvreté et essentielle, car rien n’y est superflu. Et s’il est dépouillé, il est définitif et imperfectible.»

Bien qu’il ait quitté le peloton et choisi une voie différente de celle suivie par la majorité des coureurs professionnels au lendemain de leurs exploits, Olivier Haralambon porte un regard complice et bienveillant sur le cyclisme. Il loue l’effort physique, use de mots délicats pour décrire tous les états du pédalage, lorsque le coureur est touché par la «grâce» ou tombe en «disgrâce». L’écriture insiste sur l’élégance, sur la beauté du geste. Elle loue la «plastique» avantageuse des coureurs et évoque le «monstre» pour illustrer les mouvements et soubresauts du peloton.

«Vous pensez sans doute que rien n’est plus simple, plus mécanique que pédaler, et qu’une course de vélo c’est Les Temps Modernes version aseptisée, clinique, sans Chaplin et sans la poésie. Vous ne soupçonnez pas qu’être fort et rouler vite sont deux choses absolument différentes. Que la pédale se recouvre, se caresse, bien plus qu’on n’y appuie. Vous les croyez des brutes, ils sont délicats comme des danseuses, subtils plus que bien des écrivains, faute de quoi ils n’avanceraient pas.»

Olivier Haralambon évoque l’après, lorsque le coureur professionnel se meut en cycliste du dimanche, lorsque le temps réalise son travail de sape et engourdit le pédalage. Dans cette nouvelle page de sa vie, le rouleur s’évertue à rester digne, à suivre l’exemple des plus belles silhouettes du peloton et de faire montre d’un panache intacte.

«Maintenant qu’après m’être longtemps débattu, je ne peux plus ignorer les effets de l’âge sur mes pouvoirs cyclistes, maintenant qu’il m’a pris de force et comme saisi par la mâchoire pour m’obliger, l’affreux visage, à le voir en face, j’ai mal ici et j’ai mal là, et je ne m’entraîne plus de façon irrégulière.»

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Ce genre d’inspiration !

«Le coureur et son ombre» par Olivier Haralambon

Premier Parallèle - Avril 2017

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