11 mai 2018

Les GIRO de Bobet

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La 101e édition du Giro d’Italia, fameux Tour d’Italie, s’est élancée pour trois semaines de course le 4 mai dernier. Une occasion de rappeler le lien fort que Louison Bobet a entretenu avec notre voisin transalpin, les inspirations qu’il a retiré de ses expériences italiennes, et la relation indéfectible qu’il a forgé avec Fausto Coppi, il Campionissimo, adversaire dans le peloton et ami dans la vie.

1951 : une année italienne !


Louison court en Italie sous le maillot de l’équipe italienne Bottecchia et connaît une année faste. Il gagne Milan –San Remo, le Tour de Lombardie et remporte le Grand prix de la Montagne sur le Giro, à défaut de le gagner. En effet, lors de la 16e étape, il est victime d’une chute collective, emprunte la roue d’un de ses coéquipiers et écope de 5 minutes de pénalité. Furieux, il veut abandonner. Il prend finalement le départ le lendemain à Triestre lors de la la 17e étape sur l’insistance de Jacques Godet, et porte son maillot de Champion de France à la place du Bottecchia. Il gagne avec panache cette étape, arrivant dans les Dolomites à Cortina d’Ampezzo devant Fausto Coppi. «Louison Tricolore», comme le surnomment les Italiens, conforte ainsi sa place au classement de la Montagne.

1957 : l’occasion manquée 

Fort de ses trois victoires consécutives sur le Tour de France, en 1953, 54 et 55, Louison a essayé d’ajouter le Giro à son palmarès. En 1957, le Tour d’Italie est même l’objectif principal de sa saison. Il se présente le 18 mai sur la ligne de départ avec l’intention de briller, met en marche une équipe de France décidée à l’épauler dans cette nouvelle conquête et endosse le maillot rose très rapidement.

Malheureusement, le Luxembourgeois Charly Gaul, particulièrement en forme sur le parcours exigeant de cette 40e édition, va contrecarrer les ambitions de Louison, favorisant même la victoire de l’Italien Gastone Nencini, qui devance le champion français de dix-neuf secondes au classement final de l’épreuve. Fausto Coppi, dans une interview accordée au journal L’Équipe, avait imaginé le scénario d’une coalition des adversaires pour battre Louison : «Bobet a mis tant de soin à se préparer que tout le monde le sait. Dès le départ, il va être l’homme à battre. Il aura tous les coureurs contre lui.» À l’arrivée, la déception est immense.

Comme des frères

Ce n’est pas un hasard si une stèle rendant un hommage conjoint à Louison Bobet et Fausto Coppi a été dressée à la Casse Déserte, à 2 200 mètres d’altitude, sur les pentes du fameux col de l’Izoard. La relation des deux hommes allait au-delà de l’amitié. Le Campionissimo, de quelques années son aîné, a été le mentor d’un coureur français cherchant sans cesse à améliorer ses performances et à décrocher un palmarès exceptionnel. Louison va ainsi s’inspirer des méthodes d’entraînement, des conseils diététiques et de médecine sportive de ce grand frère italien pour progresser. En marge du peloton, les deux hommes sont proches et on les voit souvent s’afficher ensemble, parfois même dans des circonstances surprenantes, comme lorsque l’Italien est aperçu au détour d’un virage sur les pentes de l’Izoard, sur le Tour de France 1953, en train de prendre des photos de son ami français à son passage en tête. Une immense tristesse va envahir Louison en janvier 1960 à la disparition de Fausto. Le champion italien est en effet terrassé par une maladie contractée à l’occasion d’un voyage en Afrique où il s’est rendu pour participer à un critérium. Il décède prématurément à 40 ans, laissant Louison Bobet, l’Italie et tous les passionnés de cyclisme orphelins et désemparés.

Le meilleur de l’Italie

C’est sur le Tour d’Italie que Louison Bobet va découvrir le Thermalisme dans plusieurs villes étapes qui l’inspirera par la suite pour lancer la Thalassothérapie moderne. Dans la France des années 1950, les cures proposées dans des établissements spécialisés semblent ne s’adresser qu’à des personnes souffrantes. Impliqué dans le développement du concept de bien-être, plutôt que de traitement, Louison Bobet va entamer une nouvelle carrière prometteuse. Après avoir bénéficié des bienfaits d’un séjour dans un centre de thalassothérapie installé à Roscoff, suite à l’accident dont il a été victime en 1961, Louison entame dès la fin de l’année 1962 les travaux de construction de son propre centre à Quiberon qui accueille ses premiers clients en 1964. Le premier pas dans la reconversion à succès du champion français.

Une 101e édition pour se souvenir

Si le souvenir des grands champions Coppi et Bobet perdure, cette édition du Giro a rendu hommage à Gino Bartali, autre grande figure du cyclisme et de l’histoire italienne. En donnant le départ de la première étape contre-la-montre à Jérusalem, en Israël, le vendredi 4 mai, les organisateurs ont souhaité conférer une dimension commémorative à la course et rappeler au monde l’action de résistance accomplie par «Gino le pieux» pendant la Seconde Guerre Mondiale. Usant de son vélo pour transporter des messages et des documents, le champion italien a sauvé la vie de nombreux Juifs cachés dans des couvents. Un acte rare de bravoure qui lui a valu en 2013, à titre posthume, de recevoir le titre de «Juste parmi les Nations». À l’occasion du départ de cette 101e édition du Tour d’Italie, le tout premier lancé en dehors d’un pays européen, Gino Bartali sera également fait Citoyen d’honneur d’Israël.

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