22 juin 2018

MIROIR DU TOUR

Par Francois PAOLETTI

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Dans Ma saison des classiques en version 1973, François Paoletti s’était drapé du souvenir d’Eddy Merckx, s’appliquant à nous rappeler le tracé des grandes classiques sur lesquelles le «Cannibale» s’était illustré. Dans ses Monuments du cyclisme, il avait arpenté les lieux, tronçons d’anthologie ou pavés d’enfer, qui ont forgé la légende cycliste. Il édite aujourd’hui un nouvel ouvrage — Miroir du Tour — qui s’attarde sur dix étapes de la Grande Boucle restées dans les mémoires. Dix étapes au sommaire, dont la 18e du Tour 1953 écrasée par la domination de Louison Bobet.

Suiveur d’un nouveau genre

François Paoletti se place dans la position d’un suiveur du Tour. Un suiveur selon sa propre définition. Ni un coureur professionnel bataillant au cœur du peloton. Ni un suiveur véritable installé dans une voiture dans le sillage du peloton. Il a enfourché son vélo pour s’attaquer aux parcours de dix étapes du Tour de France que l’histoire place en tête du souvenir cycliste. Il a décidé de «Prendre le Tour en marche», à l’instar d’Antoine Blondin en 1954 quand il a inauguré la série de 500 chroniques décalées qui ont installé sa réputation littéraire.

Célébrer les champions

Chaque étape roulée et commentée fait la part belle à un coureur célèbre. Eugène Christophe, René Vietto, Louison Bobet, Jacques Anquetil, Roger Rivière, Tom Simpson, Eddy Merckx, Bernard Thévenet, Laurent Fignon et Bernard Hinault sont tour à tour les héros de ces chapitres chronologiques. François Paoletti ne prend pas des airs de champion. Il ne prétend pas même rouler en leur nom. Il offre une réinterprétation subtile de leurs efforts, de leurs souffrances et leurs instants de gloire. Il côtoie par instant leurs présences au sommet d’un col ou au détour d’un village gardant le souvenir particulier du passage des coureurs et de la caravane.

«Depuis que le Tour a choisi d’enjamber les montagnes, les plus grands champions les ont élues pour scènes. C’est sur leurs flancs qu’ils ont choisi d’écrire leur répertoire et sur leurs pentes qu’ils l’interprètent : Izoard, Ventoux, Galibier, Télégraphe, pour ne citer que les cols des Alpes, sans faire injure aux Pyrénées.»

Dix étapes de légende

L’intention de ce Miroir du Tour est de retrouver le théâtre d’exploits passés. De ressentir l’effluve du courage et du doute. De franchir des montagnes pour raviver le souvenir. Et le souvenir remonte parfois à de nombreuses années. Quand François Paoletti parcourt 310 kilomètres entre Bayonne et Luchon, il revit les heures longues de la grande épopée vécue par Octave Lapize dans les Pyrénées pendant le Tour 1913. Quand il roule les 256 kilomètres qui séparent Thonon de Briançon, franchissant le Télégraphe et le Galibier, il rend hommage au grand spectacle offert par Jacques Anquetil dans les Alpes en 1957. Et s’il se lance dans un raid entre Briançon et l’Alpe d’Huez, c’est pour mieux se rappeler de cet instant d’éternité offert par Bernard Hinault, le «Blaireau», et Greg LeMond, l’Américain, franchissant main dans la main la ligne d’arrivée de cette 18e étape du Tour 1986.

Louison parmi les élus

Le chapitre 3 de ce Miroir du Tour est un éloge à Louison. Une occasion de rappeler le panache du champion qui avait commenté son exploit, réalisé le 22 juillet 1953, par un modeste «On ne fait pas de comédie en grimpant l’Izoard». Comme Louison, François Paoletti a grimpé l’Izoard seul. Il n’a pas croisé Fausto Coppi, le «frère d’armes» de Louison, prenant des photos dans l’ascension. Il a à peine cru entendre l’acclamation de la foule à l’arrivée triomphale du champion à Briançon, en contrebas. Il a simplement perpétué le souvenir de cette étape d’anthologie qui a scellé la première victoire de Louison sur le Tour de France.

« Col d’Izoard, km 154

Dans la Casse Déserte, deux stèles jumelles célèbrent la mémoire de Fausto et de Louison, mais j’ai choisi de ne pas m’arrêter pour mieux leur rendre hommage. Lorsque la route redescend pendant quelques centaines de mètres, j’ai repris mon élan pour monter à l’assaut des deux derniers kilomètres, le coeur léger, les muscles durs aussi, on est ici encore à plus de 10 %. Au sommet, j’ai posé mon vélo et laissé Louison plonger vers son triomphe : un bouquet, deux bises et un maillot doré à Briançon. »

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Miroir du Tour - Tana Éditions - mai 2018

Préface : Thomas Vœckler

Photos : Romain Helbach

Direction artistique : Matthieu Mifschitz

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