17 août 2015

AVEC VUE SUR LA MER 1/2

LA ROUTE AUX MILLE VIRAGES

C’est fin juillet et les prévisions météo sont au chaud fixe. Piana-Calvi-Piana n’a rien de Paris-Brest-Paris mais à défaut des longs kilométrages il va falloir affronter les hautes températures de la Corse.

Je m’élance à la fraîche. Les Calanche sont dans l’ombre, dans le silence du matin. Des orgues de granit rose découpent avec férocité le décor de ces premiers tours de manivelle. Le regard est happé par la lumière qui émane du Golfe de Porto. C’est fascinant. Et ça n’est qu’un début. 

La route file ensuite en descente, virevoltant à travers la forêt et offre, une fois Porto passée, un balcon incomparable sur la mer. Le port en contrebas est surplombé par sa tour génoise. Le pied de la montagne, fondu dans la mer, voit ses flancs battus par une eau turquoise et séduisante. Mirage de la Méditerranée dont les flots azurs masquent la violence possible. 

Premières montées, premières chaleurs. Je suis seul sur cette route sans protection dont tout le décor desséché dit le tribut payé au soleil. De la lumière, de la roche, du maquis. À l’entrée de Partinello, d’immenses eucalyptus offrent leur part d’ombre, leurs racines déforment la chaussée et m’obligent à jouer à saute-mouton. Je traverse le village sur l’élan, comme par la suite Curzo et Osani. Le décor est sec mais tout l’environnement embaume. Les immortelles, omniprésentes, donnent leur senteur chaude à l’atmosphère, et de temps en temps, un figuier sauvage apporte sa teinte sucrée. 

Au col de la Croix (Bocca de Crocce), au départ du sentier qui mène à Girolata, je fais halte à la buvette pour refaire le plein de liquide. Déjà. En 33 km, j’ai épuisé tout un bidon. La suite s’annonce sans halte assurée, il est prudent de s’équiper copieusement en boisson. 

Je repars, fermement décidé à m’en tenir à mon programme malgré les avertissements sur le piètre état de la chaussée de la «Route de la côte» entre Galéria et Calvi et les prévisions de météo caniculaire. La route prend son temps, vire, tourne, offre des perspectives trompeuses, et monte, doucement mais sûrement. On devine le col de Palmarella, en face, mais c’est oublier tous les lacets que fait la route avant de permettre de nous y rendre. L’objectif ne cesse de reculer…

Enfin le col. Au moment de m’élancer dans la descente, le regard bascule et j’en profite pour m’imprégner des premières impressions de la Balagne. Les poussées montagneuses se font plus douces. Je devine dans la vallée du Fungo, une terre plus hospitalière, plus propice aux cultures. Néanmoins, tout au long de cette descente, les habitations sont rares et la nature est reine. 10 km plus loin, c’est l’heure du choix. Je délaisse la route qui mène à Galeria, franchis le pont qui enjambe le lit à sec du Fungo et prends à gauche toute. Direction Calvi, par la «Route de la côte». 

Au moins pas de tromperie : dès les premiers mètres, la route se transforme en chausse-trappe. Un semblant de chaussée rapiécée, un patchwork de rustines de bitume de toutes les couleurs entre les trous et les cailloux. Cela saute et cela secoue en tous sens : je me dis que les 31 km qui me séparent de Calvi vont être longs… Heureusement, la guidoline qui équipe mon titane est épaisse et la peau de mon cuissard SAINTBRIEUC 48 particulièrement efficace et confortable. J’avance avec précaution. Et très vite, aussi, avec délectation. 

Cette route est une balade dans un univers sauvage, immaculé. Elle est une invitation à la contemplation, un résumé de ce mariage d’amour entre la mer et la montagne qui trouve en Corse sa plus belle célébration. À faible altitude, toujours avec un regard en surplomb, je vois ces étendues de maquis qui descendent jusqu’à s’échouer sur le rivage. Les eaux offrent toutes les nuances de bleu que le doré de quelques criques vient saturer encore plus par contraste. Pour un peu, on ferait bien halte et on se rêverait presque à jouer les Robinson sur un bout de sable, seul au monde et comblé, pour quelques heures à peine. Cette route se mérite mais elle sait récompenser aussi les courageux. Pour la beauté dont elle nous enrichit. Ensuite, pour les portions de bitume récent et facile qu’elle nous réserve par à-coups. Dissuasive au départ, généreuse ensuite.

À l’approche de Calvi, je vois réapparaître les premiers signes du retour à la civilisation. Un phare perché sur un promontoire, une plage aménagée, quelques belles vedettes au mouillage. Les délices de la plage vont pouvoir reprendre leurs droits.

Au pied de la citadelle, la vie estivale de Calvi bat son plein. L’heure est bien précoce pour déjeuner mais mon plan de bataille prévoit une halte pour me poser, me restaurer et recharger les batteries. Mon Garmin indique 90 km et je me doute que le retour, dans la pleine chaleur de l’après-midi, va être une épreuve. Je choisis un lieu d’accueil, tombe le casque et décide le temps d’un break d’être, moi aussi, un touriste en terrasse. Dans mon SOLINGEN 54 bleu paré de jaune et orange, l’illusion fonctionne à plein…

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