16 mars 2017

POUR LES DURS AU MAL

La Belgique est un pays qu’il faut appréhender les yeux grands ouverts, comme toutes contrées étrangères et pourtant si proche de France, tant les paysages et les repères changent. On est au Nord. Non, au-dessus du Nord de la France, et même si le gris local est également couleur nationale, bien d'autres attraits captent l'attention des badauds qui comme nous, glanent à travers le pays. Il y a quelques jours de cela, Vincent, notre responsable, a repris la route en direction des professionnels du cyclisme pour faire le métier. Malgré un parcours automobile dantesque, il est revenu les yeux immergés de souvenirs, de mémoires cyclistes. Comme quoi parfois, même sans l’outil, on peut vibrer vélo…

"En ces premiers jours de mars, je retourne en Belgique et après un passage par Bruxelles la tentaculaire, je mets le cap sur l’est du pays. Le plafond est aussi bas que le pays est plat, ou tout au moins en a la réputation. Ce que j’aperçois au long du lent défilé des kilomètres est une variation de gris colorés, découpant le panorama en bandes horizontales, gris marron, gris vert, gris souris, gris laiteux… Direction Remouchamps et l’enfilade par l’autoroute d’une belle succession de grandes courbes, le long de la vallée de l’Ourthe. Cela rompt la monotonie et implique de redoubler d’attention et de piloter. Il est vrai qu’on se rapproche de Spa-Francorchamps, souvent décrit comme le plus beau circuit de la saison de F1, et dont certaines courbes permettent d’identifier ceux qui ont vraiment un gros cœur : quand le passage du raidillon se fait pied au plancher, sans marquer un instant de décélération. Je retiens qu’ici, foin de plat pays, c’est vallonné, et les dénivelés proposés peuvent se montrer aussi courts qu’ils sont violents. 

Me voilà au pied de la côte de la Redoute, aperçue tant de fois à la télévision, dans l’excitation de ces moments où une course se joue. Evidemment, je ne la reconnais pas. La foule, chamarrée et vociférante qui la borde à l’occasion de Liège-Bastogne-Liège, n’est pas là. Je suis seul, et face à ce paysage qui se dresse nonchalamment, le silence m’accompagne. Une stèle rend hommage à la doyenne des classiques. La route est grasse, étroite, sinueuse. Je me dis que s’arracher à la pesanteur et au reste de la meute du peloton doit demander autant de force dans les jambes que de qualités d’équilibriste.

Un vrai raidard, un court virage, un autre, des prés boueux de part et d’autre, un arbre squelettique en sentinelle, et puis enfin, le premier replat annonciateur de la fin du calvaire. Cette côte est courte mais elle est un appel à la violence, un pousse au crime, une invitation à se faire péter le cœur. Vue dans la tranquillité de ce 1er mars, elle est aussi une petite route de campagne qui doit voir régulièrement passer des tracteurs. Le pouvoir de l’imagination quand il s’agit de vivre l’expérience d’une classique…

En fin d’après-midi, je rejoins Bastogne. La végétation a pris des allures de montagne. Pour cause de relief, un peu, mais surtout pour cause de présence envahissante des sapins. Des armées de sapins, raides, sombres, serrés les uns contre les autres, fermant la vue et semblant déclarer que le territoire leur appartient. C’est le début des Ardennes. Ce que j’en sais tient à peu de choses et tourne autour des notions de rudesse et de froid. Des images héritées de lectures de jeunesse mais aussi d’un film en cinémascope racontant l’héroïque bataille des Ardennes durant la seconde guerre mondiale. Les héros combattaient autant l’ennemi que le gel, la neige et le péril d’un froid mordant. 

J’arrive à Bastogne à la nuit tombante. Il fait 3 degrés et la pluie salue mon arrivée. La veille, il neigeait. Autour de la place principale semblent être rassemblés tout ce que la ville compte de cafés et restaurants. Pour se tenir chaud, sans doute. Plusieurs établissements sont fermés pour cause de vacances annuelles. C’est sûr, la saison ne se prête guère au tourisme. Mais, dans ce contexte, on a même du mal à imaginer une période plus favorable…

Des légendes courent à propos de classiques ardennaises. D’éditions courues dans des conditions dantesques, par des températures proches de zéro, battues et fouettées par la pluie. Tant sur la doyenne en 1977 qu'en 1980, notamment, ou les conditions de course furent telles qu’ils ne furent qu'une poignée à rallier la fin du parcours.


Notre champion national, Bernard Hinault, avait surmonté l’adversité et les éléments pour franchir seul en vainqueur la ligne d’arrivée. Des images grises subsistent, prises en noir & blanc comme en couleurs. On devine la silhouette du «Blaireau» découpée dans les phares des voitures, la vue est hachée par de gros flocons de neige, la route disparaît et les sapins environnants ploient sous le blanc général. Il est en cuissard court, à peine équipé d’un maillot à manches longues et de gants épais pour continuer à pouvoir tenir le guidon. Sa manière à lui de répondre aux éléments déchaînés : en les ignorant. A croire que les lieux invitent à la bravoure.

En décembre 1944, le général américain McAuliffe avait montré la voie. Alors que ses troupes étaient encerclées et que les Allemands exigeaient leur reddition, sa réponse avait tenu en un mot : Nuts ! "

--

Texte et images : Vincent Rebours - Co-fondateur Louison Bobet

Plus d'informations sur notre présence en Belgique bientôt !

D’ici là, venez nous retrouver sur le village partenaire du Tour des Flandres Cyclo

qui se tiendra du 31/03 au 01/04/17 à Audenarde.

Histoires associées

La collection Essentiels pour Femme prend son envol depuis quelques semaines et déjà, quelques témoignages de satisfaction ou d'adhésion nous parviennent. Voici celui de Mau [...]

Lire

Partir à la rencontre de ceux et celles qui affronteront le Ronde très prochainement, telle sera la mission de l’équipe LB sur le prochain Tour des Flandres cyclo. Tous les dé [...]

Lire

Été 2017, 5 rouleurs de la côte Ouest française décident de s’attaquer aux cols pyrénéens, en 1 semaine. Une histoire de vélo mais pas que. Découvrez le récit de leur aventure…

Lire

7e opus et dernière sortie de la saison du Classic Challenge Paris avec Louison Bobet. Direction Chantilly, sa forêt et ses petites routes à travers l'île de France. Vous ête [...]

Lire

Paris-Rouen, ça vous dit ? L’événement Classics Challenge Paris propulsé par Louison Bobet & co revient cette année avec une toute nouvelle formule. Faisons les présentations…

Lire